Interview Charly, infirmier libéral à Nîmes : « Mes patients, je les vois plus que ma propre famille »

À 37 ans, Charly exerce en libéral à Nîmes depuis 2016. Un parcours qui n’a rien de linéaire, une patientèle presque exclusivement composée de personnes âgées, et une conviction chevillée au corps : le domicile est le meilleur endroit pour vieillir. Rencontre avec un infirmier qui a vu son métier se transformer en profondeur en une décennie.

Un chemin qui commence loin de la blouse blanche

Rien ne prédestinait Charly à devenir infirmier. À 17 ans, il quitte l’école, enchaîne plusieurs métiers, passe par le métier d’ambulancier. C’est là que naît une curiosité : celle d’aller au-delà du simple transport des patients, de comprendre ce qui se joue dans leur prise en charge. Il reprend alors ses études, décroche son bac, puis intègre l’IFSI. Diplômé en 2014, il passe deux ans en EHPAD avant de sauter le pas du libéral en 2016.

Ce sont justement ces deux années en établissement qui ont forgé sa conviction : « la place des personnes âgées est à domicile. Les gens sont mieux chez eux, dans leur lieu de vie. »

D’exécutant à coordinateur de soins

En dix ans de carrière, Charly a vu son métier changer de visage. « Le rôle des infirmiers s’est automatisé », résume-t-il. Mais au-delà des outils, c’est surtout sa fonction qui a évolué : d’exécutant technique, il est devenu un véritable coordinateur de soins, en lien constant avec le médecin, le pharmacien, les auxiliaires de vie. Une charge de travail croissante, certes, mais aussi une reconnaissance nouvelle : celle d’un expert de proximité, ancré dans le quotidien de ses patients.

La recherche clinique, un nouveau souffle dans la pratique

Parmi les prises en charge qui l’animent particulièrement, Charly cite ses missions au sein d’une étude clinique dans le cadre d’un essai clinique décentralisé. Une manière, pour lui, de faire évoluer sa pratique, tout en plaçant le patient au centre du soin. « On est amenés à élargir de plus en plus nos compétences, à sortir de la routine du soin », explique-t-il.

Cette implication dans la recherche a aussi transformé la relation avec ses patients : « Ils comprennent qu’on est là pour eux, que ça leur évite une charge mentale, des déplacements. » Une proximité qui va bien au-delà du soin technique. Certains patients, il les voit plus souvent que sa propre famille. Et pour beaucoup, remarque-t-il avec émotion, il accomplit les gestes du quotidien comme s’ils rendaient service à un proche.

Des missions qu’il n’aurait jamais imaginées

Certificats de décès, primo-vaccination, droit de prescription et de renouvellement de dispositifs médicaux… Charly énumère, tout ce qu’il n’aurait jamais imaginé faire à ses débuts. Le métier s’est élargi, et avec lui, les responsabilités.

Les chantiers d’avenir de la profession

Si Charly souligne le besoin d’une revalorisation attendue des actes de soins, une meilleure reconnaissance de la pénibilité du métier pour la retraite, et un élargissement des missions des infirmiers libéraux pour mieux couvrir les déserts médicaux, il voit aussi dans les évolutions réglementaires récentes une dynamique encourageante, avec des professionnels « de plus en plus autonomes » et un métier qui gagne chaque jour en reconnaissance.

Depuis le 26 juin 2026, les infirmiers ont vu leur profession évoluer avec la publication de deux arrêtés structurant :

  • Arrêté fixant la liste des actes et soins pouvant être réalisés par les infirmiers diplômés d’Etat
  • Arrêté fixant la liste des produits de santé et examens complémentaires que les infirmiers diplômés d’Etat sont autorisés à prescrire ou à renouveler
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